«Au pied du mur». Une voix de l’intérieur de l’Etat hébreu qui refuse le sort fait aux Palestiniens. Le nouveau livre de Michel Warschawski, écrivain et journaliste israélien, rassemble les chroniques qu’il a écrites pour Siné Hebdo. Pendant 67 semaines, depuis Jérusalem, ce militant des droits de l’homme a livré chaque semaine à l’hebdomadaire satirique français son récit de la réalité quotidienne de la colonisation des territoires palestiniens entreprise par Israël.
Né en France, à Strasbourg, fils de l’ex Grand-Rabbin du Bas-Rhin, Michel Warschawski a choisi sa ville natale – où il a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans – pour débuter une longue tournée dans l’Hexagone afin de mener campagne en faveur du «Boycott Desinvestissement Sanction». Dans «Au pied du mur. De notre correspondant à Jérusalem», recueil de ses chroniques qui vient tout juste de paraître aux éditions Syllepse, celui que l’on a baptisé Mikado donne le ton dès la première ligne: «Le processus de paix ? Du vent!».
Pas question en effet, pour le président du Centre d’Information Alternative (AIC) de Jérusalem, de se gargariser comme tant d’éditorialistes couvrant le Proche-Orient avec ce fameux et fumeux «processus de paix». Tout bonnement parce qu’il «est tout le contraire d’une réalité; c’est du vent, du virtuel, certains diraient de la propagande». Pas question non plus pour autant de céder à la désespérance. Sans doute parce que, avancent, dans leur préface, les co-présidents de l’Union juive française pour la Paix, Michèle Sibony et André Rosevègue, «Michel Warschawski souffre de la même maladie que les Palestiniens, l’espoir, comme l’écrivait Mahmoud Darwich, le poète national»…
INTERVIEW publiée dans Le Courrier, quotidien suisse indépendant dans l’édition du 17 janvier 2011.
Pourquoi vous êtes-vous engagé aux côtés de Siné au moment de son limogeage de Charlie Hebdo par Philippe Val?
Siné n’est pas antisémite, un point c’est tout. Je devais comme Juif et comme Israélien le dire haut et fort. C’est donc, sans hésitation aucune, lorsque avec d’autres anciens de Charlie Hebdo, Catherine et Siné décidèrent de créer Siné Hebdo que je répondis tout de suite présent et que je suis devenu chroniqueur pour ce titre de septembre 2008 à avril 2010.
Je ne lisais jamais Charlie Hebdo. C’est peu de dire que les dessins de Siné n’étaient pas ma tasse de thé. Je n’apprécie pas son humour gaulois que je trouve vulgaire ni d’ailleurs sa haine des religions et son mépris des croyants. Mais, lorsque mon fils Dror, comme lui passionné de jazz, me l’a présenté, lors d’une visite que Siné rendait à sa filleule en Palestine, j’ai découvert un homme qui n’avait rien à voir avec ses dessins.
Et lorsqu’il a été accusé d’antisémitisme, je suis monté au créneau inconditionnellement. Soixante ans après Auschwitz, il y a peu de calomnies qui soient aussi graves. L’instrumentalisation de cette accusation infâme par les «amis d’Israël» et autres néoconservateurs est une des grandes saloperies du début du 21e siècle.
Vous dénoncez une «augmentation exponentielle du racisme en Israël ces cinq dernières années». Les victimes sont-elles devenues bourreaux?
Quelque 300 rabbins israéliens ont récemment fait scandale en publiant une lettre dans laquelle ils appelaient à interdire la vente ou la location de maisons à des non-juifs, visant ainsi la minorité arabe en Israël. Ce qui était, il y a encore peu de temps, totalement politiquement incorrect s’impose désormais comme la parole publique…
Le mois dernier, à Safed, des femmes de rabbins ont signé un manifeste anti-arabe appelant les Juives d’Israël à éviter toute forme de relations avec les Arabes… Des colons organisent de véritables pogroms à Hébron, incendient voitures et maisons et tirent à balles réelles sur les habitants de la ville…
Reprise de la colonisation juive à Jérusalem-Est, démolition du symbolique hôtel Shepherd, répression accentuée contre les manifestants en Cisjordanie, initiatives parlementaires de plus en plus marquées par l’idéologie d’extrême droite… Certains éditorialistes n’hésitent pas en ce début d’année à dénoncer un «climat de maccarthysme» en Israël…
Par ailleurs, des psychosociologues israéliens parlent, chez nous, d’un vrai problème, une sorte de renversement des valeurs. C’est un peu comme si le discours dominant à l’adresse des Palestiniens était le suivant: si tu veux que l’on fasse la paix, il faut d’abord que tu me prouves que tu m’aimes… On retrouve même ce phénomène dans les relations de voisinage les plus banales entre Israéliens.
«Un peuple à la nuque raide», disait la Bible en parlant des Hébreux. Aujourd’hui, les descendants des Hébreux ont la nuque rasée des ganaches de toutes les guerres coloniales, et ce sont leurs victimes palestiniennes qui ont la nuque raide et la tête haute. Mais plus que jamais, ils ont besoin de notre solidarité, pour survivre et pour vivre libres.
Deux ans après l’Opération Plomb durci à Gaza, le blocus se poursuit. Que fait la «communauté internationale»?
Si les dirigeants du monde s’imaginent qu’en affamant les civils de Gaza, ils les pousseront à se débarrasser du gouvernement Hamas et à le remplacer par une direction plus servile, ils n’ont décidément rien appris de ce qu’est la détermination palestinienne. Le Hamas a été plébiscité dans presque toutes les grandes villes palestiniennes lors d’élections réalisées sous contrôle international. Sous la pression de l’Union européenne, il a quand même accepté d’être minoritaire dans un gouvernement d’union nationale afin d’éviter les sanctions. Mais les sanctions sont tombées tout de même…
Cette politique du deux poids deux mesures se trouve au cœur de la montée de l’intégrisme, à Gaza, comme ailleurs. On aurait tort de prendre à la légère la déception profonde des Palestiniens à l’égard de ce que l’on appelle la «communauté internationale». Quand le droit est à géométrie variable et que les institutions internationales perdent leur légitimité, on ouvre la porte au choc des civilisations et aux croisades du 21e siècle.
Pendant le siège de Gaza, la communauté internationale s’est conduite de façon honteuse, criminelle et complice des crimes israéliens. Les sociétés civiles ont au contraire démontré que les mots rage, empathie et solidarité ont gardé toute leur fraîcheur. Gaza est un camp de concentration… Le siège de Gaza est une violation de tout le droit international. Or, le droit international fut justement la réponse de l’Humanité à l’horreur du nazisme. Depuis 1967, le Parquet israélien balaie d’un revers de main les Conventions de Genève en affirmant qu’elles ne nous concernent pas. Pour moi, c’est comme cracher sur la tombe de nos grands-parents!
L’élection de Barak Obama a soulevé un vent d’enthousiasme quant à la capacité de l’Administration américaine d’agir dans le sens du règlement du conflit israélo-palestinien. Ces espoirs-là aussi n’ont-ils pas été cruellement déçus?
Le discours du Caire d’Obama a présenté une feuille de route vraiment différente de ce que Washington prêchait jusqu’alors. Il s’est démarqué de la pensée primitive du choc des civilisations. Il ramenait enfin la Palestine, occultée par le dossier irakien si cher à G. W. Bush et ses copains, au cœur des débats. Il mettait sur la table la question de la colonisation… L’élection de Barak Obama a d’abord fait paniquer Tel-Aviv. Elle sonnait le glas de la politique ultra-expansionniste des années Bush; véritable âge d’or du capitalisme colonial israélien.
On ne comprend rien à la traditionnelle alliance entre les Etats-Unis et Israël si on oublie la dimension économique et surtout idéologique…
Netanyahou, on peut presque dire qu’il a inventé le néoconservatisme! En Israël, l’idéologie néolibérale prédominante privatise même l’occupation des territoires! Ce qui avait été un des Etats sociaux les plus performants de la planète, avec une sécurité sociale et un système de santé publique proches de ceux du pays scandinaves, est devenu une jungle où les lois du marché sont les seules à fonctionner.
Après avoir paniqué, Netanyahou a tout bonnement fait passer un message très clair à Obama: une sorte de «Je t’emmerde !» sans appel… Et il a gagné!
Et que fait la gauche israélienne?
En Israël, tout peut arriver sauf une chose: le renouveau de la gauche et du centre-gauche! Les colons de Hébron, c’est l’aile dure de l’OAS, mais Ehoud Barak, quoi qu’il en pense, n’est pas de Gaulle, pas même Guy Mollet. Tout au plus un Ségolène Royal en treillis qui a réussi à faire du Parti travailliste – le parti de Ben Gourion, de Moshe Dayan et de Yitzhak Rabin, ce parti qui a été pendant des décennies d’Etat – un groupuscule sans signification.
Comme l’explique le journaliste Gidéon Levy du quotidien Haaretz, il est temps de reconnaître que le public israélien est majoritairement de droite et que celle-ci se trouve au pouvoir, à l’exception du gouvernement Rabin entre 1992 et 1995, depuis 30 ans. Une remarque importante: en Israël, gauche/droite signifie plus ou moins de compromis avec les Arabes et n’a rien à voir avec les questions économiques et sociales.
Le méga-mensonge de Camp David – ndlr: Ehoud Barak allié à Bill Clinton prétend avoir fait une «offre généreuse» que Yasser Arafat ne pouvait que refuser – a tué le mouvement de la paix et le Parti travailliste.
Où puisez-vous la force de vous battre, où trouvez-vous des raisons d’espérer?
Je ne peux hélas pas entrer à Gaza mais mon ami Stéphane Hessel m’a raconté énormément de choses qu’il a observées sur le terrain… Cela me fait penser au ghetto de Lodz… Malgré tout, la vie continue. La vitalité de Gaza, même exsangue, est aussi une forme et une leçon de résistance.
Je suis un randonneur et je prends souvent une métaphore de la marche en montagne pour illustrer la difficulté que nous rencontrons dans notre combat. Vous marchez pendant des heures et des heures; vous arrivez au bord de l’épuisement à un col mais il est impossible de le passer. C’est là qu’il faut faire marche arrière, marcher encore et encore pour trouver une autre route. C’est à ce moment précis que la désespérance guette avec le plus de force.
Certes, presque plus personne ne se bat en Israël pour maintenir des points de passage, pas seulement physiques mais aussi intellectuels et humains, avec la Palestine. Mais si on regarde à la loupe, on finit par trouver, notamment chez les plus jeunes, une vraie énergie de révolte. La génération de mes enfants, celle que l’on a appelée «Génération Seattle», me fait espérer et m’apprend énormément… Les «anarchistes contre le mur», ceux qui manifestent contre le mur mais aussi se battent pour les sans-papiers… On trouve une mosaïque d’actions qui représente un réseau virtuel.
Comment agir? La campagne «Boycott Desinvestissement Sanctions» (BDS) a-t-elle une chance d’aboutir?
Quand on fait de la diplomatie et que l’on veut négocier, il faut être deux. On a parfois passé beaucoup de temps pour convaincre les Palestiniens qu’il ne fallait pas utiliser la violence. Ils ont essayé de se servir du droit, de l’ONU, de la communauté internationale… et se sont retrouvés dans une impasse.
En 2005, une troisième voie a émergé en faveur d’une action non violente sur le long terme sous la forme d’une grande campagne de mobilisation des Etats et des opinions publiques. Cette campagne baptisée BDS pour Boycott Desinvestissement Sanctions annonce clairement ses objectifs.
Israël vit dans une totale impunité internationale! Quand on se conduit comme un Etat voyou, on doit être traité comme un Etat voyou. Les pseudo-intellectuels français comme Bernard Henri-Levy – qui tentent de faire croire que seul Israël serait la cible de campagnes de boycott – ont-ils oublié les sanctions prises à l’encontre de l’Afrique du Sud de l’apartheid, de la Grèce des colonels, du Portugal de Salazar, de l’Espagne de Franco… ou encore de la Serbie!





http://www.lemonde.fr/afrique/chat/2011/01/17/ou-va-la-tunisie_1466411_3212.html#ens_id=1245377
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/17/wikileaks-recoit-des-informations-sur-des-comptes-bancaires-secrets_1466785_651865.html
http://israelpalestine.blog.lemonde.fr/2011/01/17/ehoud-barak-etait-il-travailliste/
A la Une > Société
L’ENS annule un débat avec Stéphane Hessel sur le Proche-Orient
LEMONDE.FR | 17.01.11 | 19h54 • Mis à jour le 18.01.11 | 13h56
sponsorisés par
158
Réagissez
D’accord, pas d’accord ? Réagissez aux articles du Monde.frPour réagir, devenez abonné pour seulement
15€ /mois + 1 mois offert.Abonnez-vous
Déjà abonné ?
Mémorisez | Oublié ?
Classez
Classez
Le classeur vous permet de conserver des articles et de constituer des dossiers d’archives.Pour en profiter, devenez abonné pour seulement
15€ /mois + 1 mois offert.Abonnez-vous
Déjà abonné ?
Mémorisez | Oublié ?
Recommandez
Recommandez
Vous souhaitez recommander la lecture de cet article à votre entourage.Pour en profiter, devenez abonné pour seulement
15€ /mois + 1 mois offert.Abonnez-vous
Déjà abonné ?
Mémorisez | Oublié ?
Imprimez
Imprimez
Envoyez
Envoyez par mail
Partagez
Facebook
Twitter
Scoopeo
Delicious
Blogmarks
Wikio
Viadeo
Stéphane Hessel, en janvier, à Paris.AP/Francois Mori
Un débat sur le Proche-Orient, prévu mardi 18 janvier à l’Ecole normale supérieure (ENS), a été annulé par la direction de l’école. Au menu : une conférence de Stéphane Hessel sur la répression de la campagne de boycott des produits israéliens (“Boycott, désinvestissement, sanctions”, aussi appelée BDS). L’auteur d’Indignez-vous ! devait faire tribune commune avec Leïla Shahid, représentante de la Palestine à Bruxelles, les pacifistes israéliens Michel Warschawski et Nurit Peled ou encore la députée socialiste Elisabeth Guigou. Le secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature, Benoist Hurel, devait également participer à la conférence.
L’annonce de ce débat a provoqué le malaise du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF) et de plusieurs associations juives. “Il s’agissait de défendre le collectif BDS et ses membres, autrement dit les partisans du boycott anti-israélien, ce qui est illégal”, a assuré Richard Prasquier, le président du CRIF, à l’AFP. Sur le site Internet du CRIF, M. Prasquier avait dénoncé “un crime contre l’esprit”, commis par “quelques élèves de l’école convertis au terrorisme intellectuel”. M. Prasquier s’est félicité de l’annulation de la conférence et a salué le rôle joué par Valérie Pécresse “ainsi que le rectorat de l’Université de Paris que nous avons contactés en urgence [et qui] ont réagi sans ambiguïté”.
La direction de l’ENS assure, dans un communiqué, que “la réservation [de la salle] n’avait pas été faite en mentionnant la nature exacte de la réunion [réunion publique]“. Une version contestée par les organisateurs du débat. Selon une source interne à l’ENS, la direction connaissait les noms de certains des invités, dont Stéphane Hessel et Leila Shahid, et s’était félicitée d’accueillir un tel débat, avant que la polémique n’éclate. Avant d’opérer un revirement, la semaine dernière, sous la pression du rectorat et du ministère.
Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, qui a déjà porté plainte contre M. Hessel, avait également demandé l’interdiction de ce colloque. L’ancien résistant est connu pour ses prises de position pro-palestiniennes. Toute une partie de l’ouvrage Indignez-vous ! est d’ailleurs consacrée à Gaza et à la Cisjordanie et à un appel à l’”insurrection pacifique”. (Lire sur le blog Guerre ou Paix, des extraits des propos de Hessel sur la question palestinienne). “Dans cette conférence, il ne s’agissait pas de soutenir le boycott mais de débattre de la liberté d’expression, en particulier autour de la question israélo-palestinienne”, s’est défendu l’un des organisateurs, Florian Alix, en soulignant que les invités n’étaient “pas nécessairement partisans du boycott”.
RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION
La campagne pour le boycott des produits israéliens, lancée par la société civile palestinienne, entend faire pression sur Israël à la manière des initiatives qui ont combattu l’apartheid en Afrique du Sud. Le gouvernement estime que cette campagne est “illégale”. En octobre, une sénatrice écologiste et un militant du NPA, poursuivis pour avoir appelé au boycott d’Israël, ont été relaxés par la justice. Deux militants ont été récemment condamnés à des amendes de 1 000 euros, à Bordeaux puis à Créteil.
Mais d’autres procès pourraient avoir lieu en 2011. Environ 80 personnes sont poursuivies en France pour avoir appelé à boycotter des produits israéliens. Les partisans du boycott font circuler un appel de “soutien à Stéphane Hessel et autres victimes de la répression”, qui a recueilli les signatures d’Oliver Besancenot, Noël Mamère, Pierre Joxe, Eva Joly ou le député UMP Etienne Pinte.
Les organisateurs de cette conférence dénoncent un acte de censure et appellent à un rassemblement, mardi en fin de journée, près du Panthéon, “pour défendre la liberté d’expression”. Stéphane Hessel et plusieurs des intervenants devraient s’exprimer lors de ce rassemblement. Plusieurs étudiants de l’ENS ont également écrit à la direction de l’école pour demander des explications sur cette annulation.
Le groupe PCF-Parti de gauche au conseil de Paris et un groupe d’étudiants normaliens “indignés d’une ENS indigne” ont également protesté. Plusieurs intellectuels se sont émus de cette annulation. Dans une tribune sur Rue89, l’historienne Esther Benbassa, “opposée à cette campagne de boycott telle qu’elle est menée”, estime que “le CRIF bafoue la liberté d’expression”. Dans un texte commun, Alain Badiou, Jacques Rancière, Etienne Balibar et plusieurs chercheurs dénoncent un acte de censure.
Ramallah, envoyé spécial – L’Autorité palestinienne a empêché la tenue d’un rassemblement de soutien à la révolution tunisienne, qui devait avoir lieu mercredi 19 janvier, à Ramallah, la capitale politique de la Cisjordanie. Les quelque dizaines de manifestants qui ont bravé l’interdiction des autorités, se sont heurtés, lorsqu’ils sont arrivés sur le Manara, la grande place de la ville, à un rassemblement de militants du Fatah, le parti du président palestinien, Mahmoud Abbas.
Organisé pour défendre la cause des prisonniers palestiniens en Israël, cet évènement est tombé à point nommé pour servir de contre-manifestation. Le cordon de policiers autour du Manara et la présence parmi les manifestants de nombreux agents des moukhabarrat (services secrets) ne laissaient guère de doute quant à l’intention de l’Autorité palestinienne d’empêcher toute expression de solidarité avec la “révolution du jasmin”.
A peine un jeune Palestinien a-t-il commencé à agiter un drapeau tunisien, qu’un officier de police a arraché l’étendard, au motif qu’il perturbait la manifestation en l’honneur des prisonniers. “C’est incroyable, explique Omar Barghouti, l’une des figures de proue de la société civile palestinienne, qui était présent sur place. La police est en train de confirmer l’accusation selon laquelle l’Autorité palestinienne est du côté de Ben Ali [l'ex-président tunisien, chassé par la révolution] et qu’elle a aussi peur que lui du peuple et de la rue. Ben Ali est parti, mais il y a encore plein de Ben Ali au pouvoir dans le monde arabe et l’Autorité palestinienne ne veut surtout pas les froisser.”
“UNE DÉCISION PRÉSIDENTIELLE”
Joint par Le Monde, Ghassan Khattib, le porte-parole du gouvernement palestinien, a appelé la police pour demander des précisions sur ce qui s’était passé. La police a répondu qu’”un tel incident ne devrait pas arriver, et s’il est arrivé, nous le déplorons. Si nous recevons une plainte, nous enquêterons’.’
La décision de manifester en faveur de la Tunisie avait été prise par une poignée de jeunes Palestiniens, dont certains ont fait des études dans ce pays. Il s’agissait d’une initiative spontanée, en dehors de tout cadre partisan ou institutionnel. Le gouvernorat de Ramallah, responsable pour les questions d’ordre public, avait initialement donné son feu vert.
“Mais un contre-ordre est tombé cinq minutes plus tard, en provenance de la Moqata’a, le siège de la présidence palestinienne, interdisant la manifestation et tout usage du drapeau tunisien”, affirme Shawan Jabarin, le directeur d’Al Haq, une ONG de défense des droits de l’homme auprès de qui les organisateurs étaient venus chercher conseil. “Des contacts au sein du gouvernement m’ont confirmé qu’il y a une décision présidentielle pour interdire toute manifestation en dehors du cadre du Fatah, assure un organisateur qui requiert l’anonymat. Ils ont la trouille que la moindre étincelle mène à un soulèvement contre Israël ou bien que les gens demandent des comptes à l’Autorité palestinienne.”
Hasard ou non, le régime de Ramallah avait décidé entretemps d’autoriser une manifestation pour les prisonniers, à la même heure et au même emplacement que le rassemblement pour la Tunisie. Il s’agissait d’une réunion de soutien à la famille d’un détenu, victime d’un empoisonnement dans sa cellule en Israël. C’est ainsi que les manifestants pro-Tunisie qui avaient décidé de passer outre l’interdiction de la Moqata’a, ont vu leur voix étouffer par la sono et les slogans des Fatahwis, venus en nombre bien plus grand.
“NOUS SOUHAITONS LE MEILLEUR POUR LA CHÈRE TUNISIE”
“Je ne sais pas s’il s’agit d’une manœuvre délibérée”, explique un autre organisateur, qui demande lui aussi l’anonymat et qui se dit soucieux d’éviter toute confrontation avec l’Autorité palestinienne. “Nous n’avons pas voulu détourner l’attention de la question des prisonniers, qui est une priorité plus importante. C’est pour cela que nous avons accepté de reporter notre manifestation. Je ne sais pas si nous aurons un permis. L’Autorité palestinienne donne l’impression de ne pas vouloir prendre de position sur la question tunisienne.”
Au lendemain du départ du président Ben Ali, un communiqué de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) avait rendu hommage au “courage sans précédent” et au “sacrifice héroïque” du peuple tunisien. Mais ce texte publié par Yasser Abed Rabbo, le secrétaire général de la centrale palestinienne, avait été désavoué peu après par un conseiller de Mahmoud Abbas, Ahmed Abdel Rahmane. “Nous souhaitons le meilleur pour la chère Tunisie et présentons nos condoléances aux familles des victimes et affirmons que nous maintiendrons les meilleurs relations avec la Tunisie”, affirmait ce dernier dans une mise au point très prudente.
Après avoir été chassé du Liban en 1982 par une offensive israélienne, Yasser Arafat, alors chef de l’OLP, avait trouvé refuge en Tunisie. La direction du mouvement palestinien était restée dans ce pays jusqu’en 1994, date de son installation à Gaza. Durant cette période, elle avait noué de très bonnes relations avec le président tunisien Habib Bourguiba et son successeur, Zine El Abidine Ben Ali, aujourd’hui réfugié en Arabie saoudite.
Benjamin Barthe
Israël souhaite se désengager des infrastructures dans la bande de Gaza
A l’occasion d’une rencontre avec la ministre des affaires étrangères française, Michèle Alliot-Marie, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a annoncé jeudi 20 janvier son intention de se retirer des secteurs de l’eau et de l’électricité dans la bande de Gaza.
Articles liés
Décès de l’épouse du président israélien Sonia Pérès
Un ministre israélien s’en prend aux défenseurs des droits de l’Homme
L’Autorité palestinienne interdit une manifestation de soutien à la Tunisie
Plus d’articles sur : Israël-Palestine
Mme Alliot-Marie a commencé jeudi en Israël une tournée régionale pour plaider en faveur de la reprise de négociations de paix israélo-palestiniennes, aujourd’hui dans l’impasse. Elle doit se rendre vendredi matin dans la bande de Gaza. Israël a retiré ses troupes et ses colons de la bande de Gaza en 2005, mais l’Etat juif fournit toujours environ 70 % de l’électricité consommée dans le territoire palestinien, le reste étant assuré par l’Egypte et des centrales électriques locales.
DÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE
Le communiqué diffusé à la fin de la rencontre n’a pas précisé d’où viendrait l’électricité de Gaza si Israël cessait d’en fournir. Par le passé, l’Etat juif a essayé d’utiliser cette dépendance en coupant volontairement le courant pour faire pression sur les islamistes du Hamas. Outre cette dépendance énergétique, le territoire palestinien est sous le coup d’un blocus maritime décrété par Israël en 2006 après l’enlèvement d’un soldat à la frontière, et renforcé lors de la prise de pouvoir du Hamas l’année suivante. Ce blocus a été cependant allégé ces derniers mois, après l’assaut mortel de la marine israélienne le 31 mai 2010 contre une flottille humanitaire qui tentait de le briser.
La chef de la diplomatie française a demandé, jeudi, que l’allègement du blocus israélien contre la bande de Gaza soit appliqué ‘complètement’ et que les Palestiniens du territoire soient autorisés à exporter davantage de produits. ‘Il semble qu’il y ait encore des difficultés de mise en oeuvre pratique, au-delà de la décision qui a été prise’, a ajouté sans autre précision Michèle Alliot-Marie.
http://english.aljazeera.net/palestinepapers/