BLOGGERS WITHOUT BORDERS/BWB:
Coopérative de journalistes, bloggers, photographes, cartoonists…
Micro-agence de presse spécialisée sur l’information internationale indépendante
Organisation de défense de l’information et de ceux qui la font!

Le concept Bloggers Without Borders/BWB repose sur une intime conviction nourrie au fil des ans par ma pratique du journalisme et mon observation attentive du monde des médias.
Journaliste depuis près de quinze ans, dont de nombreuses années à la rubrique internationale puis à la rédaction web de la Tribune de Genève, j’ai vécu de l’intérieur les grands bouleversements technologiques d’une «Presse sans Gutenberg»* et les prémices de « l’explosion du journalisme »* à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Dès 2006, en créant mon blog Sous Les Pavés La Page http://www.citizenclo.wordpress.com – d’abord sur le site du journal dont j’étais salariée puis en le poursuivant en tant que journaliste indépendante -, j’ai très vite évalué le potentiel qu’offrait le blogging.
C’est ainsi qu’est née la première plate-forme blog http://www.bloggerswithoutborders.wordpress.com en 2008. Il s’agissait alors de poser les jalons d’une guilde de producteurs de contenus de l’information, armée d’une valeur phare: l’information n’est pas une marchandise comme les autres! De sa qualité et de son indépendance dépendent la santé démocratique de nos sociétés.

Déchiffrer la complexité

Transformer cette plate-forme blog en un site sécurisé http://www.bloggerswithoutborders.net (bilingue français anglais dans un premier temps; arabe dans un second) s’est imposé naturellement afin de pouvoir transformer cette énergie collective en une véritable structure capable d’offrir une information originale non soumise au diktat des grands médias. Une démarche indispensable dans un monde global où déchiffrer la complexité devient chaque jour plus difficile et où paradoxalement, malgré la profusion des supports et l’omniprésence des «news», l’uniformisation de l’information est toujours plus grande. Plusieurs études spécialisées confirment le sens commun sur ce point: le simple examen du menu du journal télévisé du soir montre combien règne le suivisme dans les choix rédactionnels provoquant désintérêt et lassitude dans le public.

Dans le premier billet de Sous Les Pavés La Page, en juillet 2006, http://citizenclo.wordpress.com/2006/07/03/sous-les-paves-la-page/ je posais le diagnostic suivant: «La presse est désormais écartelée entre deux mondes: le réel et le cyberspace. Ce fait est incontestable. En moins d’une décennie, la Blogosphère a connu une croissance explosive. Combien de sites internet et de blogs aujourd’hui? Sans parler de demain… Un fossé croissant sépare les médiateurs et leur public; le fantasme du «Tous journalistes» gagne du terrain; l’illusion de la gratuité de l’information aussi… ».
Aujourd’hui, ce constat reste toujours valable. Les patrons de presse traditionnels n’ont réussi ni à enrayer l’érosion de leur lectorat ni à régénérer leur modèle économique. Pour nombre d’entre eux, les paramètres technologiques du nouvel écosystème médiatique qui prend corps sous nos yeux les déstabilisent et leur répugnent. Tant et si bien qu’ils continuent à user des mêmes vieilles recettes en s’attaquant à la masse salariale et espérant que la publicité revienne comme par enchantement dans leurs colonnes alors qu’elle ne cesse de confirmer sa migration vers des supports numériques…

Le journalisme au temps du choléra numérique?
Cela a pour effet d’accentuer encore la concentration de médias qui ne trouvent plus leur public et s’accompagne d’une précarisation croissante de la profession de journaliste. « Entre janvier 2008 et octobre 2010, la presse quotidienne américaine a détruit plus de 25 000 emplois », rappelle Ignacio Ramonet. Les plus jeunes, bien que très bien formés, enchaînent stages sur stages pour autant qu’ils aient la chance d’en obtenir ou pigent à des tarifs indécents. Beaucoup de journalistes confirmés jettent l’éponge tandis que les plus âgés espèrent profiter d’un plan social… Les Assises internationales du journalisme qui se sont déroulées à Strasbourg ont solennellement tiré la sonnette d’alarme à ce sujet. Lire sur http://republiquevirtuelle.wordpress.com/2010/11/29/le-precariat-des-medias-doit-reprendre-le-combat/
Or, dans ce nouvel écosystème de l’information, de nouvelles expériences mariant originalité et convictions montrent que le pari d’une certaine radicalité paie. Ce constat est partagé aussi bien par les professionnels des médias que les chercheurs et les sociologues qui ont participé aux Entretiens de l’Information, à Paris, le 25 mars 2012. Owni.fr, Mediapart, rue89, XXI, autant d’initiatives qui sont venues secouer le paysage médiatique francophone et se sont imposées en quelques années! Tant et si bien que le discours des patrons de presse commence à changer.

John Paton, patron du groupe Journal Register (16 millions de lecteurs, 324 médias papier, vidéo et web) n’a pas hésité, lors du Media X Change, à résumer la situation en dix points:
1/Le modèle des journaux est cassé et ne peut pas être réparé
2/ Les journaux disparaitront dans moins de dix ans s’ils ne changent pas leur modèle économique maintenant.
3/Le modèle des journaux doit devenir: “d’abord le numérique, ensuite le papier”.
4/Le modèle des journaux ne doit allouer de ressources qu’à la nouvelle écologie de l’info.
5/ Arrêtez d’écouter les gens du papier, et placez les gens du numérique en charge de… tout !
6/ Les journaux doivent investir dans les contenus, les ventes et la distribution. Tout le reste doit être vendu ou externalisé.
7/Ecoutez la foule, et surtout vos plus jeunes employés. Ils mèneront les expérimentations nécessaires.
8/ Les euros des journaux deviennent des centimes sur le web. Commencez à empiler les centimes!
9/Le “numérique d’abord”, ça marche: l’audience sur le digital a grimpé de + 75%, elle est plus importance que l’audience sur le papier.
10/ Le “numérique d’abord”, ça marche: les revenus digitaux ont évolué de + 70% entre le premier quart 2010 et celui de 2011.

Maîtrise de l’outil de production et intelligence collective
Outre la maîtrise de l’outil de production, clé de voûte du succès d’une entreprise de presse, un autre défi de taille s’impose dans ce nouvel écosystème des médias: rassembler les producteurs/contributeurs de l’information quel que soit leur statut. Bien trop souvent encore, les journalistes traditionnels se barricadent derrière leur carte de presse et affichent une certaine arrogance à l’égard des bloggers. «Au coeur de la crise de notre métier se trouve la question de la légitimité. Au-delà de la réalité matérielle et de la crise économique de nos industries de presse, notre statut d’experts de la production de l’information est remis en cause », déclarait Edwy Plenel, bien avant de fonder Mediapart.
Ce n’est pas la carte de presse qui fait le bon journaliste mais ses méthodes de travail et la richesse de l’information qu’il «sort». Or, qu’est-ce qu’un blogger aujourd’hui? Bien souvent, c’est un journaliste qui ne trouve plus d’espace dans les colonnes des médias traditionnels. Une Eurodéputée déclarait récemment: « Les bloggers sont les journalistes d’aujourd’hui! ». Il s’agit désormais de dépasser les querelles de chapelle et de travailler à fédérer les nombreuses initiatives individuelles dans un projet collectif et sociétal.

« La planète médias connaît un traumatisme d’une ampleur inédite. L’impact de la météorite internet, semblable à celle qui fit disparaître les dinosaures, provoque un changement radical de tout l’écosystème médiatique et l’extinction massive des journaux de presse écrite», écrit Ignacio Ramonet dès l’ouverture de son récent ouvrage « L’explosion du Journalisme. Des médias de masse à la masse des médias ».

A nous, journalistes, bloggers, photographes, cartoonists, développeurs, contributeurs, graphistes de relever le défi de l’innovation. Et de s’évertuer à devenir des « antibrouillards » du Net selon la formule d’Eric Scherer, auteur de « A-t-on encore besoin des journalistes ?» qui rappelle qu’en l’espace de deux jours, nous produisons davantage de contenus que depuis le début de l’humanité. Face à cette « infobésité » et ce déferlement de flux, la mission du journaliste à l’ère post-industrielle est plus capitale que jamais. La santé démocratique en dépend. Nos voisins d’outre-Altantique l’ont bien compris en lançant le site Propublica. A nous de faire germer son homologue sur la vieille Europe !

«Dralucas», papyvore saltimbanquier

Posted: January 27, 2011 in Medias, PQR, Presse
Tags: , ,

Michel Lucas, patron du Crédit Mutuel, se trouve désormais à la tête du plus grand groupe de la presse régionale de l’Hexagone.

STRASBOURG/CLAUDINE GIROD*

 Rien n’arrête l’appétit éditorial du nouveau président de la troisième banque de France. Quelques chiffres pour mettre en bouche: pas moins de sept titres soit 1,2 million de journaux chaque jour de la Lorraine aux Alpes, un bénéfice de 7,7 millions d’euros en 2010 pour le Groupe Ebra-Crédit Mutuel, 1,37 millions de revenus en 2008 pour Michel Lucas, dirigeant de banque le mieux payé de France.

«Le nouveau Citizen Kane de la presse régionale» n’hésite d’ailleurs pas à titrer Anne Rosencher, dans Marianne (édition du 1er au 7 janvier 2011). Pour Michel Lucas, l’automne dernier a marqué son apogée. Le septuagénaire a non seulement pris les commandes de la troisième banque de l’Hexagone mais il a aussi posé la dernière pierre de son empire journalistique.

L’ascension du Groupe Ebra

En septembre 2009, le Crédit mutuel Centre-Est Europe– qui fédère les caisses du Crédit mutuel d’Alsace, de Lorraine, de Bourgogne mais aussi de Savoie et de l’Ile-de-France – finalisait le rachat de 100% du capital du groupe Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) qui contrôle Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Le Courrier de Saône et Loire ou encore Le Bien public. L’octogénaire patron de presse Gérard Lignac, patron d’Ebra, était contraint de céder: en 2006, lors de la création d’Ebra, il avait en effet souscrit une dette auprès du Crédit mutuel; dette qu’il ne parvenait pas à rembourser.

Mais Michel Lucas n’entendait pas s’arrêter en si bon chemin. L’Est républicain et les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) lui échappaient encore en raison du blocage d’un autre actionnaire minoritaire, le Groupe Hersant Média. Et c’est en novembre dernier qu’il a fini par atteindre son but. L’opération, soumise à la condition suspensive de l’accord de l’Autorité de la concurrence, doit faire de cette banque fédérative, qui détiendra 80% des votes du groupe en assemblée générale, le premier groupe de presse quotidienne régionale français.

Un patron de presse qui ne parle pas aux journalistes

Indéniablement, Michel Lucas aime acheter les journaux. Mais ses relations avec ceux qui les font sont loin d’être aussi harmonieuses… « Dralucas » ne répond tout bonnement pas aux journalistes, pas même à l’AFP. Son assistante lui sert de cerbère pour éconduire ces fâcheux journaleux. La journaliste de Marianne s’est en effet vu rétorquer sèchement: «Je n’ai pas besoin de prendre votre numéro; M.Lucas ne vous parlera pas».

Celui que l’on surnomme aussi «le papy de la presse» n’a donc rien de la tendre bonhommie d’un grand-père. Les Echos en savent quelque chose! Les sanctions furent immédiates en mai 2009 après la publication d’un article sur ses rémunérations 2008: Michel Lucas a alors supprimé «sa» publicité dans les pages du quotidien économique. «J’ai eu affaire à lui. C’est un tueur!», n’hésite pas à déclarer un observateur attentif de la vie régionale.

Une tignasse blanche, des sourcils de jais, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Michel Lucas – que d’aucuns appellent aussi le «Requin blanc», «Attila», «Caligula» ou encore «Tarass Boulba» – aime à inspirer la terreur. Et il y réussit… Aux Dernières Nouvelles d’Alsace, l’ambiance est délétère. «Tout le monde ne parle que de Lucas. Les gens se demandent s’ils peuvent encore s’envoyer des emails sans qu’ils soient lus par la hiérarchie… Et tout le monde sait que nous ne serons bientôt, avec L’Alsace, que de simples quotidiens départementaux», confie-t-on sous couvert d’anonymat.

Le directeur général des DNA démissionne

Le licenciement d’un journaliste, qui s’était heurté à un rédacteur en chef adjoint, a été perçu comme un signal fort, un avertissement, une mise au pas. Dans les rangs des journalistes des DNA, l’on s’attend à pas moins de 40 à 60 départs en raison de la «clause de cession».

Le directeur général des DNA, Jean-Claude Bonnaud, qui est aussi directeur général adjoint de L’Est Républicain, quittera ses fonctions le 28 février. Il aurait été licencié pour avoir refusé la mission que lui confiait Michel Lucas, à savoir «travailler en priorité sur le rapprochement entre les DNA et L’Alsace», traduisez: jouer les coupeurs de tête, dit-on à Vosges Matin, autre titre où la clause de cession va se traduire par de nombreux départs.

La vieille recette bien connue des synergies et économies d’échelle, ses conséquences en matière d’emploi et de pluralité de l’information, laisse un goût amer aux représentants des différents titres du Groupe Ebra-Crédit Mutuel. «Les bruits de couloir sont étrangement absents, comme si les chefs, sous-chefs, quarts de chef et tous ceux qui ont la prétention de porter ce nom, étaient dans l’attente de savoir à quelle sauce ils vont être mangés!», explique un Correspondant Local de Presse du Dauphiné Libéré.

La gourmandise de «Dralucas», elle, reste intacte. Pour tout dire, elle confine même à la boulimie. Le «saltimbanquier» pourrait croquer très bientôt Nice-Matin ou l’Union de Reims.

* Article publié dans EDITO, le magazine suisse des médias

Reportage en images, au Parlement européen, jeudi 20 janvier 2011, lors de la dernière journée de la première session de l’année.

Une après-midi traditionnellement consacrée aux droits de l’homme. Un sujet qui, à en juger par un hémicycle quasi vide, ne mobilise guère les Eurodéputés.

Y-aurait-il une épidémie de H1N1 au sein du Parlement de Strasbourg? Bien sûr que non, c’est la même désertion tous les jeudis après-midi…

Les Eurodéputés quittent en masse la capitale alsacienne avant la plénière consacrée aux droits de l’homme!

Après le spectacle affligeant offert par cette première session de l’année

Aucune résolution, faut-il le rappeler, n’a été votée Ni sur la Hongrie Ni sur la Tunsie!

Les peuples européens feraient bien de rappeler les députés aux obligations de leur mandat…

Grand chantier européen d’intérêt public: la lutte contre “l’Euroabsentéisme”!

A 7500 euros mensuels, on peut bien assister à quatre jours de session, non?

Certes, leurs importantes fonctions les appelent ailleurs…

 Il semblerait bien néanmoins qu’il y ait quelque chose de pourri au sein du PE.

Mais ouf, des psys zürichois ont été mandatés pour évaluer l’état de stress de nos Eurodéputés!

This slideshow requires JavaScript.

This slideshow requires JavaScript.

«Au pied du mur». Une voix de l’intérieur de l’Etat hébreu qui refuse le sort fait aux Palestiniens. Le nouveau livre de Michel Warschawski, écrivain et journaliste israélien, rassemble les chroniques qu’il a écrites pour Siné Hebdo. Pendant 67 semaines, depuis Jérusalem, ce militant des droits de l’homme a livré chaque semaine à l’hebdomadaire satirique français son récit de la réalité quotidienne de la colonisation des territoires palestiniens entreprise par Israël.

Né en France, à Strasbourg, fils de l’ex Grand-Rabbin du Bas-Rhin, Michel Warschawski a choisi sa ville natale – où il a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans – pour débuter une longue tournée dans l’Hexagone afin de mener campagne en faveur du «Boycott Desinvestissement Sanction». Dans «Au pied du mur. De notre correspondant à Jérusalem», recueil de ses chroniques qui vient tout juste de paraître aux éditions Syllepse, celui que l’on a baptisé Mikado donne le ton dès la première ligne: «Le processus de paix ? Du vent!».

Pas question en effet, pour le président du Centre d’Information Alternative (AIC) de Jérusalem, de se gargariser comme tant d’éditorialistes couvrant le Proche-Orient avec ce fameux et fumeux «processus de paix». Tout bonnement parce qu’il «est tout le contraire d’une réalité; c’est du vent, du virtuel, certains diraient de la propagande». Pas question non plus pour autant de céder à la désespérance. Sans doute parce que, avancent, dans leur préface, les co-présidents de l’Union juive française pour la Paix, Michèle Sibony et André Rosevègue, «Michel Warschawski souffre de la même maladie que les Palestiniens, l’espoir, comme l’écrivait Mahmoud Darwich, le poète national»…

INTERVIEW publiée dans Le Courrier, quotidien suisse indépendant dans l’édition du 17 janvier 2011.

CLAUDINE GIROD/STRASBOURG

Pourquoi vous êtes-vous engagé aux côtés de Siné au moment de son limogeage de Charlie Hebdo par Philippe Val?

Siné n’est pas antisémite, un point c’est tout. Je devais comme Juif et comme Israélien le dire haut et fort. C’est donc, sans hésitation aucune, lorsque avec d’autres anciens de Charlie Hebdo, Catherine et Siné décidèrent de créer Siné Hebdo que je répondis tout de suite présent et que je suis devenu chroniqueur pour ce titre de septembre 2008 à avril 2010.

Je ne lisais jamais Charlie Hebdo. C’est peu de dire que les dessins de Siné n’étaient pas ma tasse de thé. Je n’apprécie pas son humour gaulois que je trouve vulgaire ni d’ailleurs sa haine des religions et son mépris des croyants. Mais, lorsque mon fils Dror, comme lui passionné de jazz, me l’a présenté, lors d’une visite que Siné rendait à sa filleule en Palestine, j’ai découvert un homme qui n’avait rien à voir avec ses dessins.

Et lorsqu’il a été accusé d’antisémitisme, je suis monté au créneau inconditionnellement. Soixante ans après Auschwitz, il y a peu de calomnies qui soient aussi graves. L’instrumentalisation de cette accusation infâme par les «amis d’Israël» et autres néoconservateurs est une des grandes saloperies du début du 21e siècle.

Vous dénoncez une «augmentation exponentielle du racisme en Israël ces cinq dernières années».  Les victimes sont-elles devenues bourreaux?

Quelque 300 rabbins israéliens ont récemment fait scandale en publiant une lettre dans laquelle ils appelaient à interdire la vente ou la location de maisons à des non-juifs, visant ainsi la minorité arabe en Israël. Ce qui était, il y a encore peu de temps, totalement politiquement incorrect s’impose désormais comme la parole publique…

Le mois dernier, à Safed, des femmes de rabbins ont signé un manifeste anti-arabe appelant les Juives d’Israël à éviter toute forme de relations avec les Arabes… Des colons organisent de véritables pogroms à Hébron, incendient voitures et maisons et tirent à balles réelles sur les habitants de la ville…

Reprise de la colonisation juive à Jérusalem-Est, démolition du symbolique hôtel Shepherd, répression accentuée contre les manifestants en Cisjordanie, initiatives parlementaires de plus en plus marquées par l’idéologie d’extrême droite… Certains éditorialistes n’hésitent pas en ce début d’année à dénoncer un «climat de maccarthysme» en Israël…

Par ailleurs, des psychosociologues israéliens parlent, chez nous, d’un vrai problème, une sorte de renversement des valeurs. C’est un peu comme si le discours dominant à l’adresse des Palestiniens était le suivant: si tu veux que l’on fasse la paix, il faut d’abord que tu me prouves que tu m’aimes… On retrouve même ce phénomène dans les relations de voisinage les plus banales entre Israéliens. 

«Un peuple à la nuque raide», disait la Bible en parlant des Hébreux. Aujourd’hui, les descendants des Hébreux ont la nuque rasée des ganaches de toutes les guerres coloniales, et ce sont leurs victimes palestiniennes qui ont la nuque raide et la tête haute. Mais plus que jamais, ils ont besoin de notre solidarité, pour survivre et pour vivre libres.

 

Deux ans après l’Opération Plomb durci à Gaza, le blocus se poursuit. Que fait la «communauté internationale»?

 

Si les dirigeants du monde s’imaginent qu’en affamant les civils de Gaza, ils les pousseront à se débarrasser du gouvernement Hamas et à le remplacer par une direction plus servile, ils n’ont décidément rien appris de ce qu’est la détermination palestinienne. Le Hamas a été plébiscité dans presque toutes les grandes villes palestiniennes lors d’élections réalisées sous contrôle international. Sous la pression de l’Union européenne, il a quand même accepté d’être minoritaire dans un gouvernement d’union nationale afin d’éviter les sanctions. Mais les sanctions sont tombées tout de même…

Cette politique du deux poids deux mesures se trouve au cœur de la montée de l’intégrisme, à Gaza, comme ailleurs. On aurait tort de prendre à la légère la déception profonde  des Palestiniens à l’égard de ce que l’on appelle la «communauté internationale». Quand le droit est à géométrie variable et que les institutions internationales perdent leur légitimité, on ouvre la porte au choc des civilisations et aux croisades du 21e siècle.

Pendant le siège de Gaza, la communauté internationale s’est conduite de façon honteuse, criminelle et complice des crimes israéliens. Les sociétés civiles ont au contraire démontré que les mots rage, empathie et solidarité ont gardé toute leur fraîcheur. Gaza est un camp de concentration… Le siège de Gaza est une violation de tout le droit international. Or, le droit international fut justement la réponse de l’Humanité à l’horreur du nazisme. Depuis 1967, le Parquet israélien balaie d’un revers de main les Conventions de Genève en affirmant qu’elles ne nous concernent pas. Pour moi, c’est comme cracher sur la tombe de nos grands-parents!

L’élection de Barak Obama a soulevé un vent d’enthousiasme quant à la capacité de l’Administration américaine d’agir dans le sens du règlement du conflit israélo-palestinien. Ces espoirs-là aussi n’ont-ils pas été cruellement déçus?

Le discours du Caire d’Obama a présenté une feuille de route vraiment différente de ce que Washington prêchait jusqu’alors. Il s’est démarqué de la pensée primitive du choc des civilisations. Il ramenait enfin la Palestine, occultée par le dossier irakien si cher à G. W. Bush et ses copains, au cœur des débats. Il mettait sur la table la question de la colonisation… L’élection de Barak Obama a d’abord fait paniquer Tel-Aviv. Elle sonnait le glas de la politique ultra-expansionniste des années Bush; véritable âge d’or du capitalisme colonial israélien.

On ne comprend rien à la traditionnelle alliance entre les Etats-Unis et Israël si on oublie la dimension économique et surtout idéologique…

Netanyahou, on peut presque dire qu’il a inventé le néoconservatisme! En Israël, l’idéologie néolibérale prédominante privatise même l’occupation des territoires! Ce qui avait été un des Etats sociaux les plus performants de la planète, avec une sécurité sociale et un système de santé publique proches de ceux du pays scandinaves, est devenu une jungle où les lois du marché sont les seules à fonctionner.

Après avoir paniqué, Netanyahou a tout bonnement fait passer un message très clair à Obama: une sorte de «Je t’emmerde !» sans appel… Et il a gagné!

 

Et que fait la gauche israélienne?

 

En Israël, tout peut arriver sauf une chose: le renouveau de la gauche et du centre-gauche! Les colons de Hébron, c’est l’aile dure de l’OAS, mais Ehoud Barak, quoi qu’il en pense, n’est pas de Gaulle, pas même Guy Mollet. Tout au plus un Ségolène Royal en treillis qui a réussi à faire du Parti travailliste – le parti de Ben Gourion, de Moshe Dayan et de Yitzhak Rabin, ce parti qui a été pendant des décennies d’Etat – un groupuscule sans signification.

Comme l’explique le journaliste Gidéon Levy du quotidien Haaretz, il est temps de reconnaître que le public israélien est majoritairement de droite et que celle-ci se trouve au pouvoir, à l’exception du gouvernement Rabin entre 1992 et 1995, depuis 30 ans. Une remarque importante: en Israël, gauche/droite signifie plus ou moins de compromis avec les Arabes et n’a rien à voir avec les questions économiques et sociales.

Le méga-mensonge de Camp David – ndlr: Ehoud Barak allié à Bill Clinton prétend avoir fait une «offre généreuse» que Yasser Arafat ne pouvait que refuser – a tué le mouvement de la paix et le Parti travailliste.

Où puisez-vous la force de vous battre, où trouvez-vous des raisons d’espérer?

Je ne peux hélas pas entrer à Gaza mais mon ami Stéphane Hessel m’a raconté énormément de choses qu’il a observées sur le terrain… Cela me fait penser au ghetto de Lodz… Malgré tout, la vie continue. La vitalité de Gaza, même exsangue, est aussi une forme et une leçon de résistance.

Je suis un randonneur et je prends souvent une métaphore de la marche en montagne pour illustrer la difficulté que nous rencontrons dans notre combat. Vous marchez pendant des heures et des heures; vous arrivez au bord de l’épuisement à un col mais il est impossible de le passer. C’est là qu’il faut faire marche arrière, marcher encore et encore pour trouver une autre route. C’est à ce moment précis que la désespérance guette avec le plus de force.

Certes, presque plus personne ne se bat en Israël pour maintenir des points de passage, pas seulement physiques mais aussi intellectuels et humains, avec la Palestine. Mais si on regarde à la loupe, on finit par trouver, notamment chez les plus jeunes, une vraie énergie de révolte. La génération de mes enfants, celle que l’on a appelée «Génération Seattle», me fait espérer et m’apprend énormément… Les «anarchistes contre le mur», ceux qui manifestent contre le mur mais aussi se battent pour les sans-papiers… On trouve une mosaïque d’actions qui représente un réseau virtuel. 

Comment agir? La campagne «Boycott Desinvestissement Sanctions» (BDS)  a-t-elle une chance d’aboutir?

Quand on fait de la diplomatie et que l’on veut négocier, il faut être deux. On a parfois passé beaucoup de temps pour convaincre les Palestiniens qu’il ne fallait pas utiliser la violence. Ils ont essayé de se servir du droit, de l’ONU, de la communauté internationale… et se sont retrouvés dans une impasse.

En 2005, une troisième voie a émergé en faveur d’une action non violente sur le long terme sous la forme d’une grande campagne de mobilisation des Etats et des opinions publiques. Cette campagne baptisée BDS pour Boycott Desinvestissement Sanctions annonce clairement ses objectifs.

Israël vit dans une totale impunité internationale! Quand on se conduit comme un Etat voyou, on doit être traité comme un Etat voyou. Les pseudo-intellectuels français comme Bernard Henri-Levy – qui tentent de faire croire que seul Israël serait la cible de campagnes de boycott – ont-ils oublié les sanctions prises à l’encontre de l’Afrique du Sud de l’apartheid, de la Grèce des colonels, du Portugal de Salazar, de l’Espagne de Franco… ou encore de la Serbie!

Happy new year!

Posted: January 4, 2011 in Uncategorized

 Automne galactique pour ce site internet d’information français né en 2009. Owni.fr,  média social européen consacré au «digital journalism » auréolé du prix Online Journalism Awards de « meilleur site en langue non-anglaise », a rencontré Julian Assange . Le fondateur de Wikileaks a même sollicité ces petits Frenchies pour sortir les carnets de guerre concernant l’Irak. Rencontre avec les capitaines de la soucoupe owni, pionniers d’un webjournalisme transversal et transnational .

PARIS/CLAUDINE GIROD

Articule publié dans le quotidien indépendant de Genève Le Courrier dans l’édition du 18 décembre 2010

«Be calm». L’affichette trône en bonne place dans son bureau de la rue de Malte, dans le 11e arrondissement de Paris. Pas question pour Nicolas Voisin, jeune PDG de «22 mars Social Media Editor», société éditrice du site owni.fr, d’oublier qu’il faut garder la tête froide! «T’as vu les plans de nos nouveaux bureaux !», lance-t-il à Nicolas Kayser-Bril, le responsable du pôle datajournalisme, en lui tendant son I-phone. Déménagement imminent: les « owniens » sont déjà trop à l’étroit… « On grandit vite », glisse-t-il dans un sourire complice.

La vitesse de l’ascension de la galaxie owni pourrait donner le tournis à plus d’un. Mais ce jeune papa de 32 ans a déjà derrière lui une longue expérience d’entrepreneur au parcours atypique. Et il est bien entouré! Né en avril 2009, lors de la bataille contre la loi Hadopi, «Owni. Digital Journalism. Société, Pouvoirs et Cultures Numériques», réunit une vingtaine d’éditeurs et journalistes permanents – des salariés qui sont aussi des associés -, plus de 600 bloggeurs, des développeurs, des designers, des entrepreneurs, des étudiants et des chercheurs.

Ce média NEL (nés en ligne) par opposition aux MEL (mis en ligne, ou plutôt «morts en ligne», brocarde Nicolas Voisin pour dénoncer la pauvreté de la production multimédia des supports classiques) se vit aussi comme un «thinktank» à ciel ouvert.  Si le modèle économique du site est à but non-lucratif, owni est financé par la société 22 mars qui édite des sites web et développe des interfaces.

Une entreprise viable

« Le défi aujourd’hui consiste à faire une économie mixte profit-non profit. On a créé une entreprise viable économiquement qui est indépendante et peut donc financer son média: owni. Nous sommes des éditeurs de code pour nos clients, des éditeurs de textes pour nos internautes », résume le capitaine de la «soucoupe» à l’adresse du terrien. «Nous avons fait le choix de ne pas s’en remettre au consommateur final ni à l’annonceur: l’information de qualité est à ce prix !»

Nicolas Voisin, s’il a la tête dans les réseaux, a donc bien les pieds sur terre. Et la conviction d’un entrepreneur: la liberté médiatique passe par l’indépendance financière. Bien des aventures sur le web se sont cassé les dents sur la question des modèles de financement… Mais il défend surtout un credo: se différencier du maelstrom ambiant et pratiquer le «journalisme augmenté »: « Nous nous emparons de ce que les autres médias ne traitent pas ou mal ! ».

La bombe Wikileaks

En attendant une définition académique de ce concept, ce qui augmente, indéniablement, ce sont les stats! Sous l’effet de la bombe Wikileaks notamment, mais pas seulement. «Sur les 30 derniers jours, la fréquentation atteint 1,1 million de visiteurs selon les chiffres de google analytic», se félicite Nicolas Voisin.

L’audience, c’est fondamental mais cela ne nourrit pas son bloggeur! L’intérêt que porte désormais à owni de grands patrons tel Xavier Niel de l’opérateur Free – il a fait son entrée dans le capital – n’en est que mieux accueilli à la «soucoupe». Pas question pour autant de perdre le contrôle des événements. « Nous n’avons ouvert que 12,73% du capital à des industriels des médias qui viennent participer à l’aventure. », précise le capitaine. 

Vient en effet de débuter l’acte 3 de cette quête d’un eldorado numérique avec une levée de fonds d’1,5 million d’euros. Objectif: élargir le champ d’action sur les 18 prochains mois en développant les tous nouveaux ownipolitics, ownisciences et ownimusic. Et «créer deux nouveaux postes de travail salariés tous les trimestres pendant les 18 prochains mois».

« Nous expérimentons le “Digital Journalism” (datajournalism & information en réseau) et cherchons à comprendre le monde qui nous entoure sous un regard critique, constructif et technophile. », plaide la charte d’owni. Une notion encore bien obscure pour le béotien du webjournalisme.  «Il ne s’agit ni d’une révolution ni d’un nouveau journalisme mais d’une recherche et d’un traitement de l’information avec les outils d’aujourd’hui et pour les audiences actuelles», explique Alain Joannès, auteur d’un ouvrage sur le sujet.

Un narguilé avec Assange

Le responsable du pôle datajournalisme à Owni.fr, jeune homme discret au regard sérieux, a certes fumé un narguilé avec Assange dans un bar londonien mais préfère prêcher le « crowdsourcing», c’est-à-dire la conduite d’enquêtes par réseaux sociaux, véritable clé de voûte du journalisme augmenté. «Le journalisme citoyen sans professionnel a vécu. Il s’agit désormais de mettre à contribution la communauté pour faire quelque chose de réel dans un contexte de liquéfaction de la société.», explique Nicolas Kayser-Bril. C’est ainsi qu’owni a fait appel aux internautes lors des élections européennes afin de mettre en ligne la liste complète des bureaux de vote que le Ministère de l’Intérieur se disait incapable de fournir pour des raisons techniques…

Accès aux sources, complémentarité des compétences, sécurisation des données sont au cœur des convictions du responsable du pôle datajournalisme. «Si Julien Assange nous a contactés, c’est parce qu’après la sortie des Warlogs –ndlr : les documents de Wikileaks sur la guerre – d’Afghanistan, nous avons développé une interface technologique d’intelligence qui donne accès à 6 ans de guerre au travers de 75 000 documents afin de faire des Warlogs une enquête collaborative européenne. Un système de notation par les internautes permet de faire remonter les informations les plus intéressantes. Mais il faut bien sûr que les journalistes s’emparent des infos! »