BLOGGERS WITHOUT BORDERS/ACT II

Posted: November 30, 2012 in Uncategorized
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BLOGGERS WITHOUT BORDERS/BWB:
Coopérative de journalistes, bloggers, photographes, cartoonists…
Micro-agence de presse spécialisée sur l’information internationale indépendante
Organisation de défense de l’information et de ceux qui la font!

Le concept Bloggers Without Borders/BWB repose sur une intime conviction nourrie au fil des ans par ma pratique du journalisme et mon observation attentive du monde des médias.
Journaliste depuis près de quinze ans, dont de nombreuses années à la rubrique internationale puis à la rédaction web de la Tribune de Genève, j’ai vécu de l’intérieur les grands bouleversements technologiques d’une «Presse sans Gutenberg»* et les prémices de « l’explosion du journalisme »* à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Dès 2006, en créant mon blog Sous Les Pavés La Page http://www.citizenclo.wordpress.com – d’abord sur le site du journal dont j’étais salariée puis en le poursuivant en tant que journaliste indépendante -, j’ai très vite évalué le potentiel qu’offrait le blogging.
C’est ainsi qu’est née la première plate-forme blog http://www.bloggerswithoutborders.wordpress.com en 2008. Il s’agissait alors de poser les jalons d’une guilde de producteurs de contenus de l’information, armée d’une valeur phare: l’information n’est pas une marchandise comme les autres! De sa qualité et de son indépendance dépendent la santé démocratique de nos sociétés.

Déchiffrer la complexité

Transformer cette plate-forme blog en un site sécurisé http://www.bloggerswithoutborders.net (bilingue français anglais dans un premier temps; arabe dans un second) s’est imposé naturellement afin de pouvoir transformer cette énergie collective en une véritable structure capable d’offrir une information originale non soumise au diktat des grands médias. Une démarche indispensable dans un monde global où déchiffrer la complexité devient chaque jour plus difficile et où paradoxalement, malgré la profusion des supports et l’omniprésence des «news», l’uniformisation de l’information est toujours plus grande. Plusieurs études spécialisées confirment le sens commun sur ce point: le simple examen du menu du journal télévisé du soir montre combien règne le suivisme dans les choix rédactionnels provoquant désintérêt et lassitude dans le public.

Dans le premier billet de Sous Les Pavés La Page, en juillet 2006, http://citizenclo.wordpress.com/2006/07/03/sous-les-paves-la-page/ je posais le diagnostic suivant: «La presse est désormais écartelée entre deux mondes: le réel et le cyberspace. Ce fait est incontestable. En moins d’une décennie, la Blogosphère a connu une croissance explosive. Combien de sites internet et de blogs aujourd’hui? Sans parler de demain… Un fossé croissant sépare les médiateurs et leur public; le fantasme du «Tous journalistes» gagne du terrain; l’illusion de la gratuité de l’information aussi… ».
Aujourd’hui, ce constat reste toujours valable. Les patrons de presse traditionnels n’ont réussi ni à enrayer l’érosion de leur lectorat ni à régénérer leur modèle économique. Pour nombre d’entre eux, les paramètres technologiques du nouvel écosystème médiatique qui prend corps sous nos yeux les déstabilisent et leur répugnent. Tant et si bien qu’ils continuent à user des mêmes vieilles recettes en s’attaquant à la masse salariale et espérant que la publicité revienne comme par enchantement dans leurs colonnes alors qu’elle ne cesse de confirmer sa migration vers des supports numériques…

Le journalisme au temps du choléra numérique?
Cela a pour effet d’accentuer encore la concentration de médias qui ne trouvent plus leur public et s’accompagne d’une précarisation croissante de la profession de journaliste. « Entre janvier 2008 et octobre 2010, la presse quotidienne américaine a détruit plus de 25 000 emplois », rappelle Ignacio Ramonet. Les plus jeunes, bien que très bien formés, enchaînent stages sur stages pour autant qu’ils aient la chance d’en obtenir ou pigent à des tarifs indécents. Beaucoup de journalistes confirmés jettent l’éponge tandis que les plus âgés espèrent profiter d’un plan social… Les Assises internationales du journalisme qui se sont déroulées à Strasbourg ont solennellement tiré la sonnette d’alarme à ce sujet. Lire sur http://republiquevirtuelle.wordpress.com/2010/11/29/le-precariat-des-medias-doit-reprendre-le-combat/
Or, dans ce nouvel écosystème de l’information, de nouvelles expériences mariant originalité et convictions montrent que le pari d’une certaine radicalité paie. Ce constat est partagé aussi bien par les professionnels des médias que les chercheurs et les sociologues qui ont participé aux Entretiens de l’Information, à Paris, le 25 mars 2012. Owni.fr, Mediapart, rue89, XXI, autant d’initiatives qui sont venues secouer le paysage médiatique francophone et se sont imposées en quelques années! Tant et si bien que le discours des patrons de presse commence à changer.

John Paton, patron du groupe Journal Register (16 millions de lecteurs, 324 médias papier, vidéo et web) n’a pas hésité, lors du Media X Change, à résumer la situation en dix points:
1/Le modèle des journaux est cassé et ne peut pas être réparé
2/ Les journaux disparaitront dans moins de dix ans s’ils ne changent pas leur modèle économique maintenant.
3/Le modèle des journaux doit devenir: “d’abord le numérique, ensuite le papier”.
4/Le modèle des journaux ne doit allouer de ressources qu’à la nouvelle écologie de l’info.
5/ Arrêtez d’écouter les gens du papier, et placez les gens du numérique en charge de… tout !
6/ Les journaux doivent investir dans les contenus, les ventes et la distribution. Tout le reste doit être vendu ou externalisé.
7/Ecoutez la foule, et surtout vos plus jeunes employés. Ils mèneront les expérimentations nécessaires.
8/ Les euros des journaux deviennent des centimes sur le web. Commencez à empiler les centimes!
9/Le “numérique d’abord”, ça marche: l’audience sur le digital a grimpé de + 75%, elle est plus importance que l’audience sur le papier.
10/ Le “numérique d’abord”, ça marche: les revenus digitaux ont évolué de + 70% entre le premier quart 2010 et celui de 2011.

Maîtrise de l’outil de production et intelligence collective
Outre la maîtrise de l’outil de production, clé de voûte du succès d’une entreprise de presse, un autre défi de taille s’impose dans ce nouvel écosystème des médias: rassembler les producteurs/contributeurs de l’information quel que soit leur statut. Bien trop souvent encore, les journalistes traditionnels se barricadent derrière leur carte de presse et affichent une certaine arrogance à l’égard des bloggers. «Au coeur de la crise de notre métier se trouve la question de la légitimité. Au-delà de la réalité matérielle et de la crise économique de nos industries de presse, notre statut d’experts de la production de l’information est remis en cause », déclarait Edwy Plenel, bien avant de fonder Mediapart.
Ce n’est pas la carte de presse qui fait le bon journaliste mais ses méthodes de travail et la richesse de l’information qu’il «sort». Or, qu’est-ce qu’un blogger aujourd’hui? Bien souvent, c’est un journaliste qui ne trouve plus d’espace dans les colonnes des médias traditionnels. Une Eurodéputée déclarait récemment: « Les bloggers sont les journalistes d’aujourd’hui! ». Il s’agit désormais de dépasser les querelles de chapelle et de travailler à fédérer les nombreuses initiatives individuelles dans un projet collectif et sociétal.

« La planète médias connaît un traumatisme d’une ampleur inédite. L’impact de la météorite internet, semblable à celle qui fit disparaître les dinosaures, provoque un changement radical de tout l’écosystème médiatique et l’extinction massive des journaux de presse écrite», écrit Ignacio Ramonet dès l’ouverture de son récent ouvrage « L’explosion du Journalisme. Des médias de masse à la masse des médias ».

A nous, journalistes, bloggers, photographes, cartoonists, développeurs, contributeurs, graphistes de relever le défi de l’innovation. Et de s’évertuer à devenir des « antibrouillards » du Net selon la formule d’Eric Scherer, auteur de « A-t-on encore besoin des journalistes ?» qui rappelle qu’en l’espace de deux jours, nous produisons davantage de contenus que depuis le début de l’humanité. Face à cette « infobésité » et ce déferlement de flux, la mission du journaliste à l’ère post-industrielle est plus capitale que jamais. La santé démocratique en dépend. Nos voisins d’outre-Altantique l’ont bien compris en lançant le site Propublica. A nous de faire germer son homologue sur la vieille Europe !

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