Entretiens du Webjournalisme/Metz

Le journalisme est mort! Vive le webjournalisme!

Les premiers « Entretiens de Metz »  relèvent un défi de taille: définir une « nouvelle écologie des médias ».

METZ/CLAUDINE GIROD*

Article réalisé pour M-Magazine, le magazine suisse des médias

 « Internet n’est pas un support de plus; c’est la fin du journalisme tel qu’il a vécu jusqu’ici. Sur le réseau mondial, une presse neuve est née avec son identité, son langage, ses journalistes aidés de confrères qui, avec eux, alimentent et éditent des sites d’information : navigateurs, bloggers, internautes en mal d’expression. Sans oublier les algorithmes et moteurs de recherche. Dans ce contexte, le processus de destruction et de recréation que traverse aujourd’hui la presse devient irréversible. Contrainte de réviser sa relation avec l’audience, elle n’entame pas un nouveau chapitre de son Histoire, mais bien une autre Histoire. »

Dans Une presse sans Gutenberg*, Jean-François Fogel et Bruno Patino,  dès 2005, tirent la sonnette d’alarme: la Crise des médias, en cette aube du 21e siècle, mérite bien une majuscule. Ce constat, chacun des participants aux premiers «Entretiens du Webjournalisme» de Metz l’a éprouvé dans sa pratique du métier au quotidien. La centaine de professionnels des médias qui a répondu à l’appel de l’OBSWEB (Observatoire du Webjournalisme)* refusent tout déni de réalité. «Les patrons de presse français, empêtrés dans leur technophobie, n’ont rien compris ! Ils accusent Google de tous les maux et vont mendier des subventions», assène Alain Joannès, formateur en «rich media» et auteur d’un récent ouvrage sur le datajournalisme*. 

Mais l’heure n’est plus aux querelles intestines dont se régale la profession… Il s’agit désormais de «repérer les bases constitutives du nouveau paradigme journalistique qui se dessine sous nos yeux, non sans craintes, sans tensions mais aussi non sans opportunités de renouveler un genre soumis à bien des critiques», explique Arnaud Mercier, patron de l’OBSWEB. Professeur d’information et de communication à l’Université Paul Verlaine de Metz, il est aussi le seul directeur en France d’une licence professionnelle appelée «Journalisme et médias numériques».  «Face à l’émergence de nouvelles pratiques d’information, il faut contribuer à définir une nouvelle écologie des médias», résume-t-il.

Noble ambition que les Entretiens de Metz, ouverts à tous, ont choisi de porter avec l’école de journalisme de Louvain sous la forme de tables-rondes mêlant universitaires et professionnels de l’information. Cinq thèmes au menu de deux journées de réflexion, les 6 et 7 décembre derniers: journalisme et utilisation des réseaux sociaux ; journalisme en ligne et réalités du rich media; piratage, espionnage des données et stratégies informatiques de sécurisation ; modèles de financement et stratégies marketing pour la presse en ligne; stratégies des ressources humaines face aux changements. Autant de débats passionnants auxquels ont activement contribué les partenaires officiels de l’événement: Rue89, owni.fr, Marianne2 et Bakchich. Education populaire au numérique oblige!

Peut-on dresser un portrait-robot du webjournaliste sans tomber dans le cliché? Jeune trentenaire, enfermé dans sa bulle geek, ne peut se passer de son smartphone, passe son temps sur facebook et twitter, accorde beaucoup d’importance au «personnal branding»… Comprenez  construction de son image sociale et professionnelle sur la Toile. Et oui, les anglicismes de tout poil foisonnent en cette période de «webebullition»! Pour le meilleur et pour le pire! «Le personal branding ne doit pas tomber dans l’egobranding. Les écoles de journalisme insistent trop là-dessus ! », déplore le blogger Steve Jambot. « Bien sûr, il faut se différencier, développer une griffe. Sur le web mais aussi dans la vraie vie !»

Sur un point au moins, tous les observateurs se rejoignent: il existe un net distinguo  entre les sites NEL (Nés En Ligne) aussi appelés pure players et les sites MEL (Mis En Ligne; Morts En Ligne, brocarde le charismatique jeune PDG d’Owni.fr, Nicolas Voisin). « Les pratiques en matière d’alimentation des sites vont beaucoup changer. Ceux qui se contenteront de mettre en ligne leur journal papier sont condamnés à disparaître. Le New York Times l’a parfaitement compris: il réalise un vrai travail de production (texte, photo, vidéo et son) avec une équipe dédiée de journalistes chargés de faire du contenu! », relève Gilles Klein d’Arrêts sur Images.

Au-delà de cette distinction, le sociologue des médias Jean-Marie Charon dessine une «petite typologie» du webjournalisme selon les approches éditoriales : 1/actu chaude généraliste (Le figaro.fr, Lemonde.fr, 20Minutes.fr etc…) 2/opinion-critique (Humanite.fr, La-croix.com etc.) 3/analyse, enquête (Mediapart.fr, Rue89.com, Slate.fr, etc.) 4/Information locale (Presse Quotidienne Régionale) 5/Information spécialisée (Lesechos.fr, Lequipe.fr etc.)

Mais, pas question de terminer ce tour d’horizon du webjournalisme sans évoquer deux concepts-phare qui bruissent sur toutes les lèvres dans la blogosphère : le crowdsourcing, c’est-à-dire la conduite d’enquêtes via les réseaux sociaux et le crowdfunding  pratiqué par Glifpix.fr, qui consiste, sur le modèle de Spot.Us  à financer des articles de journalistes par des souscriptions d’utilisateurs et/ou de médias. A vos claviers !

*Une presse sans Gutenberg, Jean-François Fogel et Bruno Patino, Grasset, 2005.

*OBSWEB www.obsweb.net http://www.webullition.info/

*Data journalisme, Bases de données et visualisation de l’information. Alain Joannès, Editions CFPJ.

Owni.fr, apôtre du crowdsourcing

La nouvelle étoile de la blogosphère est née en 2009 pendant la bataille sur la loi Hadopi. Nom de baptême: Owni.fr pour Objet web non identifié. Une naissance saluée par toute la blogosphère. Les « owniens » défendent le data journalisme ou «journalisme augmenté» et prêchent le crowdsourcing, c’est-à-dire la conduite d’enquête via les réseaux sociaux.

Récompensé à l’automne du prix Online Journalism Awards de « meilleur site en langue non-anglaise », owni.fr se développe à la vitesse grand V et secoue la galaxie du net. Les capitaines de la soucoupe, pionniers d’un webjournalisme transversal et transnational, ont même été sollicités par le fondateur de Wikileaks pour sortir les derniers «warlogs», les carnets de guerre concernant l’Irak.

 «Si Julien Assange nous a contactés, c’est parce qu’après la sortie des Warlogs d’Afghanistan, nous avons développé une interface technologique d’intelligence. L’objectif, au travers de 75 000 documents, est de réaliser une enquête collaborative européenne.», explique le responsable du pôle datajournalisme à Owni.fr, Nicolas Kayser-Bril.

Le jeune geek formé à Sciences-Po de préciser : «Un système de notation par les internautes permet de faire remonter les informations les plus intéressantes. Mais il faut bien sûr que les journalistes s’emparent des infos!» Le « crowdsourcing » apparaît comme la clé de voûte du journalisme augmenté.

«Le journalisme citoyen sans professionnel a vécu. Il s’agit désormais de mettre à contribution la communauté pour faire quelque chose de réel dans un contexte de liquéfaction de la société.», affirme Nicolas Kayser-Bril. C’est ainsi qu’owni.fr a fait appel aux internautes lors des élections européennes afin de mettre en ligne la liste complète des bureaux de vote que le Ministère de l’Intérieur se disait incapable de fournir pour des raisons techniques…

 VOIR EGALEMENT Entretiens du Webjournalisme/Metz/EN IMAGES

https://bloggerswithoutborders.wordpress.com/2010/12/10/les-premiers-entretiens-du-webjournalismemetz6-7-decembre-2010/

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