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BLOGGERS WITHOUT BORDERS/BWB:
Coopérative de journalistes, bloggers, photographes, cartoonists…
Micro-agence de presse spécialisée sur l’information internationale indépendante
Organisation de défense de l’information et de ceux qui la font!

Le concept Bloggers Without Borders/BWB repose sur une intime conviction nourrie au fil des ans par ma pratique du journalisme et mon observation attentive du monde des médias.
Journaliste depuis près de quinze ans, dont de nombreuses années à la rubrique internationale puis à la rédaction web de la Tribune de Genève, j’ai vécu de l’intérieur les grands bouleversements technologiques d’une «Presse sans Gutenberg»* et les prémices de « l’explosion du journalisme »* à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Dès 2006, en créant mon blog Sous Les Pavés La Page http://www.citizenclo.wordpress.com – d’abord sur le site du journal dont j’étais salariée puis en le poursuivant en tant que journaliste indépendante -, j’ai très vite évalué le potentiel qu’offrait le blogging.
C’est ainsi qu’est née la première plate-forme blog http://www.bloggerswithoutborders.wordpress.com en 2008. Il s’agissait alors de poser les jalons d’une guilde de producteurs de contenus de l’information, armée d’une valeur phare: l’information n’est pas une marchandise comme les autres! De sa qualité et de son indépendance dépendent la santé démocratique de nos sociétés.

Déchiffrer la complexité

Transformer cette plate-forme blog en un site sécurisé http://www.bloggerswithoutborders.net (bilingue français anglais dans un premier temps; arabe dans un second) s’est imposé naturellement afin de pouvoir transformer cette énergie collective en une véritable structure capable d’offrir une information originale non soumise au diktat des grands médias. Une démarche indispensable dans un monde global où déchiffrer la complexité devient chaque jour plus difficile et où paradoxalement, malgré la profusion des supports et l’omniprésence des «news», l’uniformisation de l’information est toujours plus grande. Plusieurs études spécialisées confirment le sens commun sur ce point: le simple examen du menu du journal télévisé du soir montre combien règne le suivisme dans les choix rédactionnels provoquant désintérêt et lassitude dans le public.

Dans le premier billet de Sous Les Pavés La Page, en juillet 2006, http://citizenclo.wordpress.com/2006/07/03/sous-les-paves-la-page/ je posais le diagnostic suivant: «La presse est désormais écartelée entre deux mondes: le réel et le cyberspace. Ce fait est incontestable. En moins d’une décennie, la Blogosphère a connu une croissance explosive. Combien de sites internet et de blogs aujourd’hui? Sans parler de demain… Un fossé croissant sépare les médiateurs et leur public; le fantasme du «Tous journalistes» gagne du terrain; l’illusion de la gratuité de l’information aussi… ».
Aujourd’hui, ce constat reste toujours valable. Les patrons de presse traditionnels n’ont réussi ni à enrayer l’érosion de leur lectorat ni à régénérer leur modèle économique. Pour nombre d’entre eux, les paramètres technologiques du nouvel écosystème médiatique qui prend corps sous nos yeux les déstabilisent et leur répugnent. Tant et si bien qu’ils continuent à user des mêmes vieilles recettes en s’attaquant à la masse salariale et espérant que la publicité revienne comme par enchantement dans leurs colonnes alors qu’elle ne cesse de confirmer sa migration vers des supports numériques…

Le journalisme au temps du choléra numérique?
Cela a pour effet d’accentuer encore la concentration de médias qui ne trouvent plus leur public et s’accompagne d’une précarisation croissante de la profession de journaliste. « Entre janvier 2008 et octobre 2010, la presse quotidienne américaine a détruit plus de 25 000 emplois », rappelle Ignacio Ramonet. Les plus jeunes, bien que très bien formés, enchaînent stages sur stages pour autant qu’ils aient la chance d’en obtenir ou pigent à des tarifs indécents. Beaucoup de journalistes confirmés jettent l’éponge tandis que les plus âgés espèrent profiter d’un plan social… Les Assises internationales du journalisme qui se sont déroulées à Strasbourg ont solennellement tiré la sonnette d’alarme à ce sujet. Lire sur http://republiquevirtuelle.wordpress.com/2010/11/29/le-precariat-des-medias-doit-reprendre-le-combat/
Or, dans ce nouvel écosystème de l’information, de nouvelles expériences mariant originalité et convictions montrent que le pari d’une certaine radicalité paie. Ce constat est partagé aussi bien par les professionnels des médias que les chercheurs et les sociologues qui ont participé aux Entretiens de l’Information, à Paris, le 25 mars 2012. Owni.fr, Mediapart, rue89, XXI, autant d’initiatives qui sont venues secouer le paysage médiatique francophone et se sont imposées en quelques années! Tant et si bien que le discours des patrons de presse commence à changer.

John Paton, patron du groupe Journal Register (16 millions de lecteurs, 324 médias papier, vidéo et web) n’a pas hésité, lors du Media X Change, à résumer la situation en dix points:
1/Le modèle des journaux est cassé et ne peut pas être réparé
2/ Les journaux disparaitront dans moins de dix ans s’ils ne changent pas leur modèle économique maintenant.
3/Le modèle des journaux doit devenir: “d’abord le numérique, ensuite le papier”.
4/Le modèle des journaux ne doit allouer de ressources qu’à la nouvelle écologie de l’info.
5/ Arrêtez d’écouter les gens du papier, et placez les gens du numérique en charge de… tout !
6/ Les journaux doivent investir dans les contenus, les ventes et la distribution. Tout le reste doit être vendu ou externalisé.
7/Ecoutez la foule, et surtout vos plus jeunes employés. Ils mèneront les expérimentations nécessaires.
8/ Les euros des journaux deviennent des centimes sur le web. Commencez à empiler les centimes!
9/Le “numérique d’abord”, ça marche: l’audience sur le digital a grimpé de + 75%, elle est plus importance que l’audience sur le papier.
10/ Le “numérique d’abord”, ça marche: les revenus digitaux ont évolué de + 70% entre le premier quart 2010 et celui de 2011.

Maîtrise de l’outil de production et intelligence collective
Outre la maîtrise de l’outil de production, clé de voûte du succès d’une entreprise de presse, un autre défi de taille s’impose dans ce nouvel écosystème des médias: rassembler les producteurs/contributeurs de l’information quel que soit leur statut. Bien trop souvent encore, les journalistes traditionnels se barricadent derrière leur carte de presse et affichent une certaine arrogance à l’égard des bloggers. «Au coeur de la crise de notre métier se trouve la question de la légitimité. Au-delà de la réalité matérielle et de la crise économique de nos industries de presse, notre statut d’experts de la production de l’information est remis en cause », déclarait Edwy Plenel, bien avant de fonder Mediapart.
Ce n’est pas la carte de presse qui fait le bon journaliste mais ses méthodes de travail et la richesse de l’information qu’il «sort». Or, qu’est-ce qu’un blogger aujourd’hui? Bien souvent, c’est un journaliste qui ne trouve plus d’espace dans les colonnes des médias traditionnels. Une Eurodéputée déclarait récemment: « Les bloggers sont les journalistes d’aujourd’hui! ». Il s’agit désormais de dépasser les querelles de chapelle et de travailler à fédérer les nombreuses initiatives individuelles dans un projet collectif et sociétal.

« La planète médias connaît un traumatisme d’une ampleur inédite. L’impact de la météorite internet, semblable à celle qui fit disparaître les dinosaures, provoque un changement radical de tout l’écosystème médiatique et l’extinction massive des journaux de presse écrite», écrit Ignacio Ramonet dès l’ouverture de son récent ouvrage « L’explosion du Journalisme. Des médias de masse à la masse des médias ».

A nous, journalistes, bloggers, photographes, cartoonists, développeurs, contributeurs, graphistes de relever le défi de l’innovation. Et de s’évertuer à devenir des « antibrouillards » du Net selon la formule d’Eric Scherer, auteur de « A-t-on encore besoin des journalistes ?» qui rappelle qu’en l’espace de deux jours, nous produisons davantage de contenus que depuis le début de l’humanité. Face à cette « infobésité » et ce déferlement de flux, la mission du journaliste à l’ère post-industrielle est plus capitale que jamais. La santé démocratique en dépend. Nos voisins d’outre-Altantique l’ont bien compris en lançant le site Propublica. A nous de faire germer son homologue sur la vieille Europe !

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«Dralucas», papyvore saltimbanquier

Posted: January 27, 2011 in Medias, PQR, Presse
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Michel Lucas, patron du Crédit Mutuel, se trouve désormais à la tête du plus grand groupe de la presse régionale de l’Hexagone.

STRASBOURG/CLAUDINE GIROD*

 Rien n’arrête l’appétit éditorial du nouveau président de la troisième banque de France. Quelques chiffres pour mettre en bouche: pas moins de sept titres soit 1,2 million de journaux chaque jour de la Lorraine aux Alpes, un bénéfice de 7,7 millions d’euros en 2010 pour le Groupe Ebra-Crédit Mutuel, 1,37 millions de revenus en 2008 pour Michel Lucas, dirigeant de banque le mieux payé de France.

«Le nouveau Citizen Kane de la presse régionale» n’hésite d’ailleurs pas à titrer Anne Rosencher, dans Marianne (édition du 1er au 7 janvier 2011). Pour Michel Lucas, l’automne dernier a marqué son apogée. Le septuagénaire a non seulement pris les commandes de la troisième banque de l’Hexagone mais il a aussi posé la dernière pierre de son empire journalistique.

L’ascension du Groupe Ebra

En septembre 2009, le Crédit mutuel Centre-Est Europe– qui fédère les caisses du Crédit mutuel d’Alsace, de Lorraine, de Bourgogne mais aussi de Savoie et de l’Ile-de-France – finalisait le rachat de 100% du capital du groupe Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) qui contrôle Le Progrès, Le Dauphiné Libéré, Le Courrier de Saône et Loire ou encore Le Bien public. L’octogénaire patron de presse Gérard Lignac, patron d’Ebra, était contraint de céder: en 2006, lors de la création d’Ebra, il avait en effet souscrit une dette auprès du Crédit mutuel; dette qu’il ne parvenait pas à rembourser.

Mais Michel Lucas n’entendait pas s’arrêter en si bon chemin. L’Est républicain et les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) lui échappaient encore en raison du blocage d’un autre actionnaire minoritaire, le Groupe Hersant Média. Et c’est en novembre dernier qu’il a fini par atteindre son but. L’opération, soumise à la condition suspensive de l’accord de l’Autorité de la concurrence, doit faire de cette banque fédérative, qui détiendra 80% des votes du groupe en assemblée générale, le premier groupe de presse quotidienne régionale français.

Un patron de presse qui ne parle pas aux journalistes

Indéniablement, Michel Lucas aime acheter les journaux. Mais ses relations avec ceux qui les font sont loin d’être aussi harmonieuses… « Dralucas » ne répond tout bonnement pas aux journalistes, pas même à l’AFP. Son assistante lui sert de cerbère pour éconduire ces fâcheux journaleux. La journaliste de Marianne s’est en effet vu rétorquer sèchement: «Je n’ai pas besoin de prendre votre numéro; M.Lucas ne vous parlera pas».

Celui que l’on surnomme aussi «le papy de la presse» n’a donc rien de la tendre bonhommie d’un grand-père. Les Echos en savent quelque chose! Les sanctions furent immédiates en mai 2009 après la publication d’un article sur ses rémunérations 2008: Michel Lucas a alors supprimé «sa» publicité dans les pages du quotidien économique. «J’ai eu affaire à lui. C’est un tueur!», n’hésite pas à déclarer un observateur attentif de la vie régionale.

Une tignasse blanche, des sourcils de jais, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, Michel Lucas – que d’aucuns appellent aussi le «Requin blanc», «Attila», «Caligula» ou encore «Tarass Boulba» – aime à inspirer la terreur. Et il y réussit… Aux Dernières Nouvelles d’Alsace, l’ambiance est délétère. «Tout le monde ne parle que de Lucas. Les gens se demandent s’ils peuvent encore s’envoyer des emails sans qu’ils soient lus par la hiérarchie… Et tout le monde sait que nous ne serons bientôt, avec L’Alsace, que de simples quotidiens départementaux», confie-t-on sous couvert d’anonymat.

Le directeur général des DNA démissionne

Le licenciement d’un journaliste, qui s’était heurté à un rédacteur en chef adjoint, a été perçu comme un signal fort, un avertissement, une mise au pas. Dans les rangs des journalistes des DNA, l’on s’attend à pas moins de 40 à 60 départs en raison de la «clause de cession».

Le directeur général des DNA, Jean-Claude Bonnaud, qui est aussi directeur général adjoint de L’Est Républicain, quittera ses fonctions le 28 février. Il aurait été licencié pour avoir refusé la mission que lui confiait Michel Lucas, à savoir «travailler en priorité sur le rapprochement entre les DNA et L’Alsace», traduisez: jouer les coupeurs de tête, dit-on à Vosges Matin, autre titre où la clause de cession va se traduire par de nombreux départs.

La vieille recette bien connue des synergies et économies d’échelle, ses conséquences en matière d’emploi et de pluralité de l’information, laisse un goût amer aux représentants des différents titres du Groupe Ebra-Crédit Mutuel. «Les bruits de couloir sont étrangement absents, comme si les chefs, sous-chefs, quarts de chef et tous ceux qui ont la prétention de porter ce nom, étaient dans l’attente de savoir à quelle sauce ils vont être mangés!», explique un Correspondant Local de Presse du Dauphiné Libéré.

La gourmandise de «Dralucas», elle, reste intacte. Pour tout dire, elle confine même à la boulimie. Le «saltimbanquier» pourrait croquer très bientôt Nice-Matin ou l’Union de Reims.

* Article publié dans EDITO, le magazine suisse des médias